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A J-120: les curiosités du financement du Front national
03 / 01 / 2017

Le nerf de la guerre, encore et toujours.

Éternellement impécunieux, le Front national a reconnu ce week-end que Jean-Marie Le Pen, exclu de ce parti à l'été 2015, participerait au financement de la campagne présidentielle 2017 de Marine Le Pen en prêtant 6 millions d'euros à la candidate. Ce prêt sera réalisé par l'intermédiaire de Cotelec, une structure dédiée au financement des campagnes électorales, créée par Jean-Marie Le Pen en 1988. Au passage, Cotelec pour "Cotisations électorales", comme quoi le menhir savait faire simple quand il l'avait décidé.

Aussitôt l'information connue, les démineurs du Front national sont entrés en scène. David Rachline, directeur de la campagne de Marine Le Pen a banalisé ce prêt en assurant: "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil". Il a même ajouté ceci: "L'accord date d'il y a plusieurs mois."

Pieux mensonge. A la mi décembre, dans Le Figaro, le secrétaire général du Front national, Nicolas Bay affirmait avoir écrit aux donateurs potentiels du Front national, membres ou sympathisants du parti, pour leur demander de ne pas adresser leurs dons à Cotelec mais de préférer d'autres structures de financement pour aider Marine Le Pen.

Ceci prouve que David Rachline ment volontairement en évoquant un accord ancien entre le père et la fille Le Pen, et invalide au passage sa formule selon laquelle "il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

En réalité, l'accord passé entre Cotelec et Marine Le Pen pose deux types de questions.

La première se rattache aux valeurs et aux principes. La présidente du Front national a exclu l'ancien président de ce parti en raison de la gravité de ses propos sur les chambres à gaz, le maréchal Pétain ou les homosexuels. Comment ensuite accepter de l'argent de la part de quelqu'un que l'on décrète infréquentable au point de l'exclure du parti qu'il a fondé? Il y a là une contradiction flagrante qui suffit à expliquer la tentative de banalisation de David Rachline.

Certains objecteront que Marine Le Pen agit ainsi parce que les banques françaises ne veulent pas prêter d'argent au Front national. D'abord, est-on sûr que cette chanson soit juste? Comme le dit souvent Edwy Plenel, notre Dieu en journalisme, il nous manque les preuves pour cette affirmation. Et quand bien même, ce serait le cas, cela ne justifierait pas que Marine accepte l'argent du père qu'elle a elle même répudiée.

C'est si vrai que le pauvre Nicolas Bay, monté imprudemment au Front, si l'on peut dire, à la mi décembre , se trouve maintenant désavoué.

L'autre interrogation tient à l'utilisation de Cotelec. Rien n'interdit le Front national, ou son trésorier, ou un quelconque groupement de personnes, de monter une structure de financement de campagne électorale pour venir en aide à Marine Le Pen. L'exclusion de Jean-Marie Le Pen est vieille de dix-huit mois. Il est curieux de constater que le Front national, qui se professionnalise à tous les étages - on nous le répète assez - sous la houlette de Florian Philippot, n'ait pas ajouté cette ultime pierre à cet édifice que l'on nous présente comme presque parfait.

On peut imaginer que des esprits déliés l'ont maintes fois proposé à Marine Le Pen. Si personne au Front national ne l'a fait, c'est quasiment de la faute professionnelle, presque de la bêtise. Et si quelqu'un l'a fait, ce qui est très possible, voire probable, alors pourquoi cela ne s'est-il pas concrétisé?

Posons le problème autrement: existe-t-il une histoire secrète, un pacte, un intéressement, un arrangement financier, entre le père et la fille? Ce qui permettrait de comprendre l'incompréhensible, c'est-à dire le financement d'une action politique par quelqu'un qui est traîné dans la boue par la personne même qu'il accepte de financer.

Loin d'être anodine, monsieur Rachline, cette scène est curieuse, intriguante. On peut à ce propos noter la légèreté et le peu d'intérêt de la presse dans son ensemble pour cet épisode. Il a suffi qu'un dirigeant du Front national dise sa vérité accompagnée d'un gros mensonge pour que tous les stylos demeurent dans leurs fourreaux. On ne dira pas mieux le savoir faire et l'habileté du Front national et de ses dirigeants pour anesthésier des esprits que l'on a connu plus vifs.


PS1: Si Marine Le Pen, David Rachline, Nicolas Bay, ou le trésorier du Front national, souhaitent répondre aux questions ou remarques contenues dans cet article, ce blog leur sera bien sûr accessible.

PS2: Pour un commentaire ou une remarque, vous pouvez utiliser cette adresse : oplm2017@yahoo.com

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A propos

On prend (presque) les mêmes et on recommence, le blog de Jean-Michel Aphatie.

Journaliste politique aujourd'hui sur Franceinfo, hier sur RTL, Europe 1 et au Grand Journal, Jean-Michel Aphatie a une longue pratique de l'élection présidentielle et de ses acteurs, qu'il suit depuis 1998.

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